Lettre de notre Evêque

Chers Frères et Sœurs, chers Paroissiens,

En ces jours de vœux pour une heureuse nouvelle année 2026, je me réjouis de vous adresser cette lettre qui fait suite à ma visite pastorale du 4 au 7 décembre dernier. Ces quatre journées passées avec vous furent denses et riches en rencontres, en prière et en convivialité. Pour ma part, je me suis réjouis de découvrir votre communauté paroissiale, avec ses quatre communes. Je tiens à vous remercier pour votre accueil et votre disponibilité durant les différents moments de cette visite. J’adresse aussi mes remerciements à l’équipe de préparation de ce temps fort paroissial et, bien sûr, à votre curé le Père Vianney de Lacotte qui n’a pas ménagé sa peine, en prenant soin, très fraternellement, du bon déroulement de la visite et du respect des horaires. Je remercie aussi le Père Willy Jeudy qui nous a accompagnés tout au long de la visite, ce fut aussi pour lui – récemment arrivé – l’occasion de faire un peu plus connaissance avec les réalités pastorales locales.

Cette brève lettre pastorale ne reprend pas en détail toutes les rencontres et les diverses activités de la visite. Je cherche simplement à souligner quelques points importants qui ressortent – de mon point de vue – de la vie de la paroisse. C’est une relecture de l’évêque qui vient, en successeur des apôtres, visiter et encourager les communautés paroissiales de son diocèse. Cette lettre peut être l’occasion de faire le point sur divers aspects de votre vie paroissiale et, peut-être, d’envisager des initiatives nouvelles.

§ La joie de tracer un beau et paisible chemin de communion entre les quatre paroisses

L’histoire du regroupement de vos quatre paroisses en un seul groupement paroissial, avec un curé unique, a connu au cours des dernières décennies quelques épisodes au cours desquels les communes ont été réunies puis séparées, puis de nouveau remises ensemble pour constituer le groupement paroissial actuel qui demeurera pour l’avenir. De fait, on assite à une belle diversité quant à la physionomie des quatre communes, même si historiquement ce sont des communes rurales possédant une activité agricole importante et connue, par exemple, pour leurs vergers, au milieu de la forêt. Ces paroisses ont toutes un passé historique important comme le soulignent l’ancienneté et la beauté des églises ainsi que les traces d’édifices religieux comme les abbayes prémontrés. Si Orgeval et Chambourcy sont de taille assez comparable, avec un certain développement démographique et économique dans les prochaines années, les communes de Morainvilliers et d’Aigremont sont de taille plus modeste, tout aussi dynamiques à leur manière et offrant un caractère rural – rurbain ? – à leurs habitants. Ajoutons que l’autoroute, scindant en deux le groupement paroissial, constitue une certaine barrière qui ne facilite pas la participation aux diverses activités paroissiales en un même lieu. La rencontre avec les quatre maires m’a permis de constater que le regroupement actuel des quatre paroisses ne pose plus question et que leurs concitoyens catholiques – et autres – semblent s’être bien habitués à la géographie du groupement paroissial. Ceci constitue un élément de stabilité nécessaire et fécond pour envisager une dynamique pastorale globale pour l’ensemble des paroisses, avec les deux « binômes » Orgeval – Morainvilliers – Béthmont et Chambourcy – Aigremont. C’est une belle étape de franchie !

Cependant, la géographie ne fait pas tout ! Et pour constituer une vraie communauté chrétienne, il est nécessaire de travailler à mettre en œuvre une réelle communion entre les personnes, signe de la même foi qui les unit, signe qu’elles veulent ensemble former le Corps du Christ qu’est l’Église. C’est ce que j’ai perçu dans les efforts constants, depuis son arrivée, du Père de Lacotte de rassembler, tout en respectant la diversité des lieux ; ainsi que chez bon nombre de paroissiens heureux de travailler à cette belle complémentarité entre les uns et les autres, afin que les charismes de chacun soient au service de tous. Je ne peux que vous encourager à poursuivre ce mouvement de communion qui rend votre communauté plus missionnaire : communion et mission sont inséparables !

Cette volonté de communion entre les paroisses se traduit – et se vérifie – par les structures synodales qui sont mises en place dans la vie de la communauté et dans la recherche d’un engagement missionnaire . Ainsi vous avez créé, récemment, une seule Équipe d’Animation Paroissiale ( E.A.P.) de six membres qui veillent à la vie ordinaire du groupement paroissial aux côtés du curé, ainsi qu’un unique Conseil pastoral (C.P.), constitué de laïcs représentatifs de la diversité paroissiale, à l’écoute des attentes et des initiatives des paroissiens, discernant ce qui est bon et utile pour faire grandir la communauté paroissiale. Enfin, une dernière étape est en cours : le projet d’un unique Conseil Paroissial des Affaires Economiques (C.P.A.E.). Ce projet n’est pas loin d’aboutir puisqu’aujourd’hui il y a un seul vice-président et une seule comptable pour les deux CPAE actuels. Un dernier effort est donc à souhaiter.

Ainsi, nous voyons les paroissiens travailler de plus en plus ensemble, quelle que soit leur commune, et vivre une vraie vie communautaire dans la diversité des communautés et de leur histoire, autour de leur curé, afin de suivre et d’annoncer ensemble le Christ. Ce grand effort se traduit de manière forte et significative dans le projet pastoral élaboré au sein des paroisses depuis 2023.

§ Le projet pastoral 2024 – 2027 : ensemble pour la Mission

Si mettre en œuvre une plus grande communion entre les quatre paroisses passe par les structures synodales évoquées ci-dessus, cette communion devient vraiment effective dans le quotidien de la communauté, à travers des orientations pastorales et des décisions pratiques, partagées par tous les paroissiens. Ainsi la paroisse s’est mis « en ordre de marche » à partir d’avril 2023 avec l’aide de « l’École au Service de l’Évangélisation », un service diocésain qui aide les paroisses à relire leur situation pastorale et à envisager – avec audace – de nouvelles pistes missionnaires afin de construire un projet qui dynamise l’ensemble des forces vives de la paroisse. Plus de 110 paroissiens répondent alors au questionnaire qui leur est envoyé pour avoir leur avis sur la vie paroissiale, ses besoins, ses forces et des fragilités : « l’aventure synodale » est lancée !

Avec le recul, aux dires de beaucoup de paroissiens, ce défi à relever – à l’écoute de l’Esprit Saint – fut une expérience très féconde pour toute la communauté, à commencer par l’organisation d’un synode paroissial. Comme je l’ai écrit dans ma lettre pastorale : « La dimension de communion se déploie dans un esprit synodal : les chrétiens marchent ensemble car Jésus le Christ est notre route . Ils se rencontrent et s’aident à avancer les uns avec les autres dans un esprit de sollicitude fraternelle et mutuelle. La synodalité manifeste l’enracinement trinitaire de l’Église dans la recherche continue d’une communion entre baptisés, fils et filles du Père, frères et sœurs du Christ unis et animés par l’Esprit Saint. L’organisation synodale de la communauté chrétienne est ainsi liée à la mission donnée à chaque chrétien à son baptême. » Vous avez fait ainsi l’expérience, à travers des équipes de travail et des assemblées, de l’importance d’apprendre à se connaître, à partager sur les éléments profonds de votre foi et à choisir ensemble – de manière synodale –, très concrètement, des lignes d’action pour l’ensemble de la vie paroissiale, au service de l’annonce de l’Evangile.

Ainsi vous avez établi un projet pastoral pour trois années – 2024 à 2027 – selon cinq axes qui sont des « portes d’entrée » à la vie de l’Eglise – appelées aussi les « cinq essentiels » – et qui définissent la mission de l’Eglise à la suite de « Jésus qui priait, formait ses disciples, se mettait au service des autres, annonçait l’Évangile et unissait ses disciples dans la communion avec lui. » Ce projet pastoral – très concret et dynamique – guide la vie paroissiale, avec l’aide du Conseil pastoral, jusqu’en 2027. Il permet de rassembler l’ensemble de la communauté sur des objectifs précis auxquels beaucoup peuvent participer. Il est clair qu’un tel projet est une force pour rassembler, dans la communion, les quatre communautés et les conduire vers une plus grande dimension missionnaire.

§ Aperçu rapide de quelques portes d’entrée

Il ne m’est pas possible de détailler dans cette lettre toutes les réalités pastorales rencontrées au cours de la visite et pour lesquelles je remercie ceux et celles qui m’en ont fait la présentation. Croyez-bien que je ne les oublie pas. Je voudrais simplement franchir cinq « portes d’entrée » que j’ai repérées plus particulièrement au cours de ces quatre jours.

– Prier et célébrer : comme dit le père Vianney, votre curé : « une paroisse qui prie est une paroisse qui vit. » De fait, la liturgie avec bon nombre d’animateurs, de musiciens, avec des servants d’autel et servantes d’assemblée, avec une chorale, etc., tient une belle place dans la vie paroissiale, comme cela convient dans toute communauté chrétienne qui trouve sa source dans l’Eucharistie. La prière est aussi portée, de manière originale et forte, par le groupe des adorateurs qui a un grand rayonnement sur la vie de la paroisse. Près d’une cinquantaine de personnes assurent ainsi une présence auprès du Saint Sacrement exposé pendant plusieurs jours, jusque tard dans la nuit. Ce groupe porte dans la prière la vie paroissiale avec ses intentions particulières, ses défunts, ses malades ; mais aussi d’autres intentions comme les vocations sacerdotales (4 prêtres sont issus de la paroisse), la vie du monde avec ses joies et ses peines, la vie de l’Eglise… Il est important de manifester combien la vie de prière, sous différentes formes, est essentielle à notre vie chrétienne personnelle et communautaire.

– Grandir en disciples : tous, nous sommes appelés à grandir en disciples et, comme le disait souvent le pape François, à grandir en disciples missionnaires, c’est-à-dire marchant unis au Christ et envoyés par Lui en mission. Cette croissance dans la foi commence très tôt et se poursuit tout au long de notre vie. Votre communauté paroissiale offre ainsi aux enfants et aux jeunes de croître dans leur connaissance du Christ, à travers l’éveil à la foi, la catéchèse, l’aumônerie et des mouvements comme le scoutisme. Vous êtes attentifs à cette proximité des plus jeunes et à celle de leurs parents, même s’il est encore possible de développer plus largement cet aspect de la pastorale, en appelant des catéchistes et des animateurs pour les collégiens et lycéens.
Pour les adultes, une proposition originale et féconde est le parcours « Qu’as-tu reçu ? » proposé à tous ceux qui ont une demande sacramentelle, et tout particulièrement aux recommençants qui, comme en bien des endroits, se présentent aujourd’hui nombreux à la porte de l’Eglise. C’est un beau parcours, à la fois simple et profond, qui conjugue un accueil convivial, pose des questions essentielles et existentielles et laisse place, pour chacun, à un chemin d’écoute de l’Esprit Saint. Ce parcours répond à une tâche à la fois d’évangélisation et d’approfondissement de la foi. N’hésitez pas à le faire connaître à d’autres paroisses !

– Servir : il y a bien des manières de servir en nous rappelant que le dernier commandement de Jésus à ses disciples (cf. Jn 13,14) lors du lavement des pieds avant sa passion, est d’être serviteurs les uns envers les autres comme lui-même venu pour servir et non être servi (cf. Mt 20,28). Bien des bénévoles sur la paroisse exercent des services utiles, des plus simples aux plus compliqués, mais tous nécessaires et dans la discrétion et la joie de servir. Dans le service des autres, il y a le service tout particulier des personnes en difficultés, des personnes pauvres, des personnes malades. Un des services importants de la paroisse est le Service Évangélique des Malades (S.E.M.). L’équipe nombreuse du S.E.M. cherche à se faire proche de bien des personnes vivant des situations différentes : EHPAD, personnes seules, personnes âgées, personnes malades. Les bénévoles portent dans la prière toutes les personnes dont elles s’occupent, leur apportent la communion mais aussi cherchent à répondre à leurs besoins et leurs attentes. Ce service porte bien son nom car il s’agit, en exerçant une charité au quotidien et dans la simplicité, de témoigner de l’Évangile et de reconnaître le visage du Christ en l’autre (cf. Mt 25).
Un autre domaine de l’exercice de la charité qu’il me semblerait bon de développer sur le groupement paroissial est une plus grande collaboration avec le centre Caritas de Morainvilliers que j’ai visité. Ce centre accueille des femmes en situation de grande précarité et de solitude. D’origine africaine pour beaucoup d’entre elles, elles sont loin de leur pays et de leur famille. Les conditions de vie sont très précaires et il manque bien des choses matérielles, par exemple des meubles pour leurs chambres. Personnellement j’ai été touché par leur simplicité et leur accueil dans le dénuement qu’elles connaissent. Certaines participent un peu aux activités paroissiales. Je me permets donc d’attirer votre attention et vous invite à développer des liens plus forts dans la charité et la connaissance mutuelle avec ce centre Caritas. Le service des plus pauvres est un signe de bonne vitalité d’une communauté chrétienne : plus une communauté sert les pauvres, plus une communauté vit…

– Annoncer : les trois premières « portes d’entrée » déjà citées pourraient déjà former un porche pour cette quatrième porte de l’annonce, car toute notre vie doit tendre à donner un témoignage de ce qui nous habite profondément : l’amour de Dieu et l’amour des autres. Mais rappelons-nous comme je l’avais souligné dans mon entretien avec vous, qu’annoncer l’Evangile est le cœur de la mission de l’Eglise dans tout ce qu’elle fait, y compris dans ses projets matériels. « Chaque communauté ecclésiale dit, à sa manière et à son niveau, la présence du Ressuscité qui l’appelle et l’envoie. Elle reçoit et communique par ce qu’elle est l’appel que Dieu adresse en Jésus-Christ et par son Esprit à tous les êtres humains convoqués à l’Alliance. Et il est universel. Nous mesurons ainsi la richesse de l’ADN de toute la communauté ecclésiale, y compris la paroisse. »
Dans la vie des paroisses, un lieu fort et essentiel de l’annonce de l’espérance chrétienne est l’accompagnement des familles en deuil et la célébration des obsèques. Les familles sont confrontées, souvent de manière très rude, à la mort d’un être aimé. Pour beaucoup, se trouver face à la mort, cette « grande inconnue » qui fait peur et qu’on écarte si facilement de son propre horizon, constitue une expérience difficile et douloureuse. L’Église, en les accueillant, leur manifeste son soutien et sa compassion. Sans nier la dureté et, parfois, le scandale de la mort, elle leur propose, à travers la préparation de la célébration des obsèques de leur proche, de découvrir ou d’approfondir la foi et l’espérance des chrétiens. Il s’agit alors de trouver un chemin simple et respectueux pour leur annoncer le Christ mort et ressuscité, en qui est fondée la « grande espérance » et l’avenir de leur défunt : c’est bien Lui, le Vivant, qu’on priera et célèbrera à l’église, lors des funérailles. En ce sens, nos communautés chrétiennes sont des communautés d’espérance dans notre société, annonçant que la mort n’est pas le dernier mot de l’existence humaine .

– Vivre en communion : outre tous les efforts qui ont été réalisés pour faire grandir la communion au sein du groupement paroissial, un point est revenu plusieurs fois au cours de la visite : l’accueil, l’accueil – ad intra – entre les membres de la communauté issus de quatre communes et l’accueil – ad extra – des personnes qui arrivent à la paroisse comme les nouveaux habitants, les recommençants, les néophytes, les gens de passage, etc. De fait, dans le projet pastoral lui-même ce point d’attention est mentionné plusieurs fois. Il y a sans doute ici un chantier à poursuivre pour que votre communauté soit plus attentive aux nouveaux venus. A cette question de l’accueil se conjugue celle de la communication qu’ont évoqués plusieurs d’entre vous et qui est aussi noté dans le projet pastoral. Aujourd’hui une bonne communication est déjà signe d’un bon accueil, et un bon accueil passe par une bonne communication ! C’est une manière aussi de manifester la proximité de l’Eglise avec tous : une Eglise qui accueille est une Eglise ouverte à tous.

Bien sûr, il resterait d’autres portes à franchir parmi les nombreuses portes qui ouvrent à la vie de votre paroisse. En ce temps de clôture de l’année jubilaire, souhaitons que toutes ces portes d’entrée du projet pastoral soient des portes d’espérance pour vous-mêmes et pour tous ceux et celles qui les franchiront à votre invitation.

Je vous renouvelle mes remerciements pour votre accueil et votre disponibilité au cours de cette visite pastorale. Je demande au Seigneur, au seuil de cette nouvelle année 2026, de bénir votre communauté paroissiale et son pasteur, et de vous guider au souffle de l’Esprit Saint pour témoigner à tous de l’amour du Père.

+ Luc Crepy
Evêque de Versailles pour les Yvelines